« Le but ce n’est pas de faire du cinéma, mais son cinéma ». Albert Dupontel

Albert Dupontel offre ici une justification à chacun qui souhaite avoir son petit moment dans les salles obscures. Oui, petit, parce que parfois ça ne perdure pas…

L’ARTICLE

Évidemment, cet article va porter sur Frédéric Beigbeder et son œuvre à double support. L’amour dure trois ans, hier un livre, aujourd’hui son « meilleur long métrage ». Meilleur, oui, puisque ça sera le seul ?

LE CONTEXTE

Il est utile, dans ce premier temps, de citer le résumé de l’œuvre originale, c’est-à-dire le livre, dont voici la quatrième de couverture :

« Au début, tout est beau, même vous. Vous n’en revenez pas d’être aussi amoureux. Pendant un an, la vie n’est qu’une succession de matins ensoleillés, même l’après-midi quand il neige. Vous écrivez des livres là-dessus. Vous vous mariez, le plus vite possible – pourquoi réfléchir quand on est heureux ? La deuxième année, les choses commencent à changer. Vous êtes devenu tendre. Vous faites l’amour de moins en moins souvent et vous croyez que ce n’est pas grave. Vous défendez le mariage devant vos copains célibataires qui ne vous reconnaissent plus. Vous-même, êtes-vous sûr de bien vous reconnaître, quand vous récitez la leçon apprise par coeur, en vous retenant de regarder les demoiselles fraîches qui éclairent la rue ? La troisième année, vous ne vous retenez plus de regarder les demoiselles fraîches qui éclairent la rue. Vous sortez de plus en plus souvent : ça vous donne une excuse pour ne plus parler. Vient bientôt le moment où vous ne pouvez plus supporter votre épouse une seconde de plus, puisque vous êtes tombé amoureux, d’une autre. La troisième année, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle : dégoûtée, votre femme vous quitte. La mauvaise nouvelle : vous commencez un nouveau livre.  »

L’amour dure trois ans raconte de façon ultra autobiographique (on connait le style de la maison) l’histoire de Marc Marronnier, critique littéraire. Marié à Anne, Marc est heureux, et décrit le mariage, voire la vie en commun dans un sens plus large, comme quelque chose de beau. On se sent beau.

Puis vient le cap des trois ans ; où on achète des meubles la première année, on les change de place la deuxième, puis on les partage la troisième… Jusqu’à un probable recommencement (sans oublier d’écrire un livre).

LE FILM

L’amour dure trois ans s’ouvre sur de belles images remodelées façon vintage avec un effet grésillé et caméra où l’on devait encore mouliner pour enregistrer. Soit. Un enchainement, une compilation de ce que présente la vie commune. Marc et Anne sont niais, se câlinent sur un banc, mange le même spaghetti, couchent ensemble, se regardent, couchent encore. Puis divorceront après avoir fait la queue dans une salle d’attente bondée de couples révolus. On peut saluer le ton humoristique de cette scène, où signer un papier résume la chose.

En lui-même, le film est sympathique. C’est un support pour rappeler les célèbres citations que la jeunesse s’arrache et vole à Beigbeder sans pour autant lire ses livres. C’est d’ailleurs un choix justifié, l’amour dure trois ans est sans aucun doute le roman qui comporte le plus de phrases cultes de la saga Beigbeder. Il en profite aussi pour en rééditer avec « Au 21ème siècle, l’amour est un SMS qui n’arrive pas », et remplace ainsi le téléphone qui ne sonne pas au vingtième. Ellipse qui s’insinue également dans le placement produit. Oui, Marc Marronnier est un homme bien dans son époque (même si on ne voit pas sa Twingo), avec son iPhone et son MacBook Pro.
On peut reprocher l’utilisation facile et meublée, en ingurgitant trois shots de vodka cette fameuse « Le bonheur n’existe pas. L’amour est impossible. Rien n’est grave« .

L’intrigue du livre est généralement respectée. Il faut également saluer une bande originale de qualité ; les romans signés Beigbeder étant truffés de souvenirs musicaux.

LE CASTING

Gaspard Proust fait bonne figure pour un Marc Marronnier. Jouant la carte du timide, pâle et fébrile personnage, il réussit le pari d’incarner un Beigbeder Marc Marronnier fidèle à l’œuvre originale. La dimension autobiographique règne autant dans le film que le livre. Proust est à la fois en spectateur de ses aventures, comme il en est le narrateur. Un bon nombre de scènes le place seul face à la caméra, commentant en aparté le décor, ou l’appréhension d’un événement proche.

Louise Bourgoin, avec une filmographie de plus en plus qualitative à son actif (Adèle Blanc Sec, Blanc comme neige, Un heureux événement) incarne une Alice perturbatrice et inaccessible avec fraîcheur. Sa complicité avec Proust et son naturel est agréable à regarder, malgré le penchant cliché d’une bimbo survoltée, qui ne sait pas conduire et rit très fort qui vient parfois nous faire grincer des dents.

JoeyStarr, qui lui aussi connait une belle ascension dans le septième art (discret mais efficace dans L’immortel, émouvant et poignant dans Polisse de Maïwenn, et prochainement dans trois films) perd un peu de sa côte avec un rôle absent, des répliques pauvres et un rôle qui ne lui sied peut-être pas plus que ça. Il est par contre soigné, élégant et ne se refuse pas un final en duo avec l’exceptionnel Michel Legrand sur Les Moulins de mon Cœur en piano voix. Dans un cadre de mariage assez fantasque. Fini le rap pour Joey ?

Jonathan Lambert, alias Pierre, a l’allure d’un médecin bardé de diplômes (l’effet lunettes rondes lui va très bien) joue son rôle d’amoureux rationaliste à merveille. Il revêt un personnage droit, fidèle qui le démarque de ses précédentes prestations (Steak, Protéger et servir) et le place comme l’acteur le plus compétent de ce long-métrage. Sans pour autant lui attribuer un prix.

Frédérique Bel incarne Kathy, l’amour de Pierre et cède au cliché hystérique d’une mondaine parisienne qui découvre les joies de la langue de Shakespeare. Véritable obsédée sexuelle, naturelle mais amoureuse, Frédérique Bel aime à jouer les bimbos bilingues avec fidélité (rajoutée au casting de la série familiale Fais pas ci, fais pas ça).

La palme revient à Valérie Lemercier pour son discernement, son ton cassant et son comportement de business woman fatiguée et trop franche. Elle incarne une éditrice de renommée prête à mettre un Marc dans l’embarras. On ne présente plus la présidente des Césars 2006 et 2007, puis 2010 aux côtés de Gad Elmaleh.

CONCLUSION

L’amour dure trois ans est un film. Mais il n’est pas à oublier que c’est un livre.

La citation d’Albert Dupontel, qui titre cet article, prend donc toute sa dimension quant à la distribution des rôles de chacun. Beigbeder a été publicitaire, puis critique et maintenant romancier. Nous vivons une époque où le multitâches est de mise ; mais peut-on parler de multi talents ?

Le casting du film prouve également que la reconversion vers le septième art devient facile. Une ex miss Météo, un ancien rappeur, et un romancier derrière la caméra. Autant de mélanges des genres et de passés qui font de ce film un petit meltingpot. Mais pas détestable pour autant.

J’y suis allé, je l’ai vu, et je suis rentré chez moi. Tout simplement.

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