SAINT-VALENTIN !

« Il faut aimer au-dessus de ses moyens ». Jacques de Bourbon Busset

C’est le jour J ! Allez-y, étalez votre bonne humeur, permettez vous le masochisme que vous procurent les épines des roses que vous vous apprêtez à offrir, considérez que rien ne brillera suffisamment pour votre « moitié », extasiez-vous devant le velours ou la soie qui emballeront ces jolis présents.

Joyeuse Saint-Valentin à tous : c’est le thème du jour. Et pour une fois je n’ai pas de retard…

La publicité, chère à mes ambitions, est une entité qui ne nous rappelle que trop bien cette fête. Petit dossier sur ce qui se fait cette année.

LES CAMPAGNES

Meetic, Demak’Up, Wilkinson, Eurostar et Virgin Megastore. Cinq marques, cinq produits, cinq cibles, un même thème.

Meetic

Meetic a choisi une campagne d’affichage sobre, et qui convient à tout célibataire. Avec des accroches banales, le plus connu des sites de rencontres se fait la part belle, et ironise sur le côté « manque de bol ». La cible, les éternels amoureux de ce visage dans le métro, du mouvement de ces hanches dans une rue. En fait, si dans ton quartier, ou dans la ligne de métro que tu prends chaque jour, la femme de ta vie n’y est pas… Elle est sur Meetic. Se décline aussi en bus, en quartier, et même au sol avec une communication façon « à la craie » devant certaines bouches de métro parisiennes !

Eurostar

L’agence Leg (dont vous devriez entendre parler souvent ici) signe une fois de plus une campagne Eurostar. Et tout en finesse… Après les aventures d’un jeune homme à la recherche de sa moitié, des spermatozoïdes comparé à des petits haricots… Une affiche rose, en dégradé radial, estampillé d’un « L’île aux adultes ». Londres, l’Angleterre qui va se transformer en théâtre des ébats. Et tarifs réduits pour les petits couples, s’il vous plait… Évidemment, il est trop tard désormais. Vous attendez l’an prochain pour vos roucoulades sous l’œil de Big Ben.

Virgin

La musique, les films, les livres. La culture, c’est probablement quelque chose qui unit le couple, ou le divise. Et ça, les magasins Virgin Megastore l’ont comprit ! LOVE, une sélection pleine de tendresse. Les magasins concoctent les produits qui le raviront autant qu’ils la feront chavirer. Et comme si un texte ne suffisait pas, le signifié des deux protagonistes nous en apprend davantage sur leur activité… On se demande où est passé le film. Une affiche sympa pour rappeler que la Saint-Valentin, ça se passe aussi à la maison avec du Marvin Gaye pour les plus tendres comme avec les Doors pour les plus extrêmes.

Wilkinson

Si l’amour est un cœur, et si un cœur a des poils, l’amour c’est un peu moche. CQFD. Alors Wilkinson use de ce joli artifice pour rappeler à ces messieurs, pour casser leurs images de célibataires négligés ou encore d’amants irritants, qu’il est indispensable d’être aussi lisse que possible. Soyez-doux, pour une fois dans l’année en somme. L’amour est une barbe qui se veut la plus douce… Ou, l’amour est un cœur qui se rase chaque jour… Une meilleure accroche, s’il vous plait ? Mais est-ce bien judicieux quand la barbe et la virilité sont de mise ?

En tout cas je continue à tondre, écouter ma musique et faire mes trajets quotidiens…

UN OUBLI ?

Je vous ai bien parlé de Demak’Up… Si si, plus haut. Mais pas d’analyse dans cet article… Comme je tiens à remercier des visites toujours plus nombreuses, je voudrais faire un petit jeu.

DEMAK UP

Quel est le message que veut faire passer cette affiche ?

Allez les communicants en herbe, jetez-vous à l’eau ! Le gagnant ou la gagnante…

Publicités

« Aujourd’hui, la censure a changé de visage. Ce n’est plus le manque qui agit mais l’abondance ». Bernard Weber

M. Weber le dit remarquablement bien ; la tendance s’est inversé dans l’affichage publicitaire. Notamment, et c’est l’objet de cet article, en matière de censure.

La censure, parlons en. Un procédé qui consiste en l’interdiction d’afficher des images, diffuser des sons ou laisser s’exposer toute œuvre de création supposée « dérangeante ».

Curieux, de définir quelque chose comme cela. Car objectivement, la subjectivité est de mise. Le problème de la censure réside alors dans son application : la décision de censurer une œuvre appartient-elle vraiment à ceux qui le décrètent ?

Et pour poser le problème avec un cas pratique, quoi de mieux que cumuler la communication, et le cinéma ? Deux thèmes qui vont s’avérer essentiel ici-même.

LE SUJET

Quelle poésie.

« Ça va couper, je rentre dans un tunnel ». « Je rentre en réunion ». Vous l’avez compris, je vais parler du film Les Infidèles. Plus particulièrement de la censure déclenchée par l’ARPP vis-à-vis des affiches du film.

« Ces deux affiches […] sont contraires aux Recommandations de l’ARPP, en particulier les dispositions relatives au respect de la décence et de l’image de la personne humaine en publicité, tant bien même elles se rapportent au sujet du film, à savoir une comédie sur l’adultère« .

C’est clair, net. La décence et de l’image de la personne humaine, pour ne pas dire le cas échéant de la femme, est l’argument utilisé.

UNE ATTEINTE ?

L’image de la femme est la première raison de cette censure. Alors, posons les affiches à plat, et regardons de plus près.

Les deux affiches prennent la même trame, il faut les décortiquer ensemble. Même prise de vue, même style et mise en scène.

Mise en scène, c’est bien le mot. Car ce sont les signifiés qui donnent le ton. Les jambes en l’air pour Dujardin, l’entrejambe bouchée pour Lellouche. Clairement, les messieurs gèrent leurs prises de bon temps. L’adultère est ironisé, tourné au ridicule ? Non, ce sont eux, les ridicules. Dans leur poses assurées, on comprend bien que les protagonistes n’en sont pas à leur premier coup. Mensonges perpétuels, manque de volonté, mensonges simples et coup montés… C’est bien sur ces deux zigotos qu’il faut se focaliser.

La femme ici, sans être considérée comme un objet, passe au second plan. Comme pour eux, c’est une machination. Le problème se pose ailleurs, et c’est probablement dans la bienséance, l’excès de morale qui domine les décisionnaires d’aujourd’hui à faire interdire ces affiches.

ILS ONT EU RAISON.

Pour une fois, je vais être d’accord avec une campagne censurée qui s’en tire avec un excellent coup de pub. Pas comme une autre qui dit de ne pas haïr. Ici, l’idée est drôle, l’affiche fait sourire. Il y a une part de retrouvailles, ou d’imagination instantanée qui suscite le rire. C’est la dérision, un humour qui marche toujours, lorsqu’on est spectateur d’une pareille humiliation.

Alors, où trouve t-on ce problème de « dégradation de l’image de la femme » quand la femme elle-même n’est pas le problème posé par l’affiche. D’ailleurs, il n’y a pas de « problème » à proprement dit posé par cette campagne. C’est de l’humour, une façon amusante de promouvoir un film, ni plus ni moins.

LE PROBLÈME

C’est celui de la censure ; est-on progressivement en train de s’ancrer dans un système qui, comme le droit, est victime de son « succès » ? L’utilisation abusive de la censure inverse les tendances « d’offre et de demande » si je puis dire.

Gainsbourg a pu brûler son billet à la télévision. Et pour ajouter en rétrospective, en 1982 le film Paradis pour tous n’a pas choqué par son affiche.

Pourtant, on laisse toujours des clips de rap ou autres montrer la femme comme un réel objet. Et là, il n’y a pas censure ? Ça ne pose aucun problème de laisser des filles sélectionnées pour un physique avantageux se faire porter comme un sac de patates par un « artiste » sous testostérone ?

C'était mieux avant...

Alors rendez-vous le 29 février en salles !

Un grand qui s’en va

J’espérais ne pas avoir à écrire de mauvaises nouvelles aussi tôt, mais on ne peut passer cette journée sans avoir une pensée pour un grand de la pub.

Il a débuté comme journaliste, diplômé de l’EFAP et débute en 1968 (grand cru) à l’ACP. C’est à peine deux ans plus tard qu’il rejoint L’Echo de la presse et de la publicité, où il se charge justement de la rubrique pub. Rubrique qui deviendra plus qu’un simple métier, mais il sera un passeur, un personnage clé du domaine.

Car il créé Stratégies en 1971, puis Communication et Business (que l’on connait sous le nom de CB News) en 1986 en même temps que l’émission Ondes de choc (qui deviendra la bien connue Culture Pub) sur M6.

En 2005, il reçoit la Légion d’Honneur, mais c’est cinq ans plus tard que les activités de presse de CB News sont placées en redressement judiciaires…

16.06.1946 - 05.02.2012

Christian Blachas nous a quitté, à l’âge de 65 ans, hier soir suite à une intervention chirurgicale.