« Aujourd’hui, la censure a changé de visage. Ce n’est plus le manque qui agit mais l’abondance ». Bernard Weber

M. Weber le dit remarquablement bien ; la tendance s’est inversé dans l’affichage publicitaire. Notamment, et c’est l’objet de cet article, en matière de censure.

La censure, parlons en. Un procédé qui consiste en l’interdiction d’afficher des images, diffuser des sons ou laisser s’exposer toute œuvre de création supposée « dérangeante ».

Curieux, de définir quelque chose comme cela. Car objectivement, la subjectivité est de mise. Le problème de la censure réside alors dans son application : la décision de censurer une œuvre appartient-elle vraiment à ceux qui le décrètent ?

Et pour poser le problème avec un cas pratique, quoi de mieux que cumuler la communication, et le cinéma ? Deux thèmes qui vont s’avérer essentiel ici-même.

LE SUJET

Quelle poésie.

« Ça va couper, je rentre dans un tunnel ». « Je rentre en réunion ». Vous l’avez compris, je vais parler du film Les Infidèles. Plus particulièrement de la censure déclenchée par l’ARPP vis-à-vis des affiches du film.

« Ces deux affiches […] sont contraires aux Recommandations de l’ARPP, en particulier les dispositions relatives au respect de la décence et de l’image de la personne humaine en publicité, tant bien même elles se rapportent au sujet du film, à savoir une comédie sur l’adultère« .

C’est clair, net. La décence et de l’image de la personne humaine, pour ne pas dire le cas échéant de la femme, est l’argument utilisé.

UNE ATTEINTE ?

L’image de la femme est la première raison de cette censure. Alors, posons les affiches à plat, et regardons de plus près.

Les deux affiches prennent la même trame, il faut les décortiquer ensemble. Même prise de vue, même style et mise en scène.

Mise en scène, c’est bien le mot. Car ce sont les signifiés qui donnent le ton. Les jambes en l’air pour Dujardin, l’entrejambe bouchée pour Lellouche. Clairement, les messieurs gèrent leurs prises de bon temps. L’adultère est ironisé, tourné au ridicule ? Non, ce sont eux, les ridicules. Dans leur poses assurées, on comprend bien que les protagonistes n’en sont pas à leur premier coup. Mensonges perpétuels, manque de volonté, mensonges simples et coup montés… C’est bien sur ces deux zigotos qu’il faut se focaliser.

La femme ici, sans être considérée comme un objet, passe au second plan. Comme pour eux, c’est une machination. Le problème se pose ailleurs, et c’est probablement dans la bienséance, l’excès de morale qui domine les décisionnaires d’aujourd’hui à faire interdire ces affiches.

ILS ONT EU RAISON.

Pour une fois, je vais être d’accord avec une campagne censurée qui s’en tire avec un excellent coup de pub. Pas comme une autre qui dit de ne pas haïr. Ici, l’idée est drôle, l’affiche fait sourire. Il y a une part de retrouvailles, ou d’imagination instantanée qui suscite le rire. C’est la dérision, un humour qui marche toujours, lorsqu’on est spectateur d’une pareille humiliation.

Alors, où trouve t-on ce problème de « dégradation de l’image de la femme » quand la femme elle-même n’est pas le problème posé par l’affiche. D’ailleurs, il n’y a pas de « problème » à proprement dit posé par cette campagne. C’est de l’humour, une façon amusante de promouvoir un film, ni plus ni moins.

LE PROBLÈME

C’est celui de la censure ; est-on progressivement en train de s’ancrer dans un système qui, comme le droit, est victime de son « succès » ? L’utilisation abusive de la censure inverse les tendances « d’offre et de demande » si je puis dire.

Gainsbourg a pu brûler son billet à la télévision. Et pour ajouter en rétrospective, en 1982 le film Paradis pour tous n’a pas choqué par son affiche.

Pourtant, on laisse toujours des clips de rap ou autres montrer la femme comme un réel objet. Et là, il n’y a pas censure ? Ça ne pose aucun problème de laisser des filles sélectionnées pour un physique avantageux se faire porter comme un sac de patates par un « artiste » sous testostérone ?

C'était mieux avant...

Alors rendez-vous le 29 février en salles !

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2 réflexions sur “« Aujourd’hui, la censure a changé de visage. Ce n’est plus le manque qui agit mais l’abondance ». Bernard Weber

  1. J’ai beaucoup aimé ces deux affiches, j’avoue que je suis d’accord avec toi, c’est beaucoup de bruit pour pas grand chose… Mais finalement, le film s’en tire avec un bon coup de pub, alors ce n’est peut être pas plus mal pour eux !

  2. Sinon ils connaissent le second degré à l’ARPP. C’est ridicule, il n’y a rien de choquant visuelement c’est ce qu’on fait de l’imaginaire qui le devient. Et encore, je trouve cette campagne vraiment très réussi, qui joue avec suptilité avec l’humour, l’imaginaire. Juste une question, quelle agence a créer cette campagne de promotion ?
    Peace,
    Copperfield

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