« Aujourd’hui, la censure a changé de visage. Ce n’est plus le manque qui agit mais l’abondance ». Bernard Weber

M. Weber le dit remarquablement bien ; la tendance s’est inversé dans l’affichage publicitaire. Notamment, et c’est l’objet de cet article, en matière de censure.

La censure, parlons en. Un procédé qui consiste en l’interdiction d’afficher des images, diffuser des sons ou laisser s’exposer toute œuvre de création supposée « dérangeante ».

Curieux, de définir quelque chose comme cela. Car objectivement, la subjectivité est de mise. Le problème de la censure réside alors dans son application : la décision de censurer une œuvre appartient-elle vraiment à ceux qui le décrètent ?

Et pour poser le problème avec un cas pratique, quoi de mieux que cumuler la communication, et le cinéma ? Deux thèmes qui vont s’avérer essentiel ici-même.

LE SUJET

Quelle poésie.

« Ça va couper, je rentre dans un tunnel ». « Je rentre en réunion ». Vous l’avez compris, je vais parler du film Les Infidèles. Plus particulièrement de la censure déclenchée par l’ARPP vis-à-vis des affiches du film.

« Ces deux affiches […] sont contraires aux Recommandations de l’ARPP, en particulier les dispositions relatives au respect de la décence et de l’image de la personne humaine en publicité, tant bien même elles se rapportent au sujet du film, à savoir une comédie sur l’adultère« .

C’est clair, net. La décence et de l’image de la personne humaine, pour ne pas dire le cas échéant de la femme, est l’argument utilisé.

UNE ATTEINTE ?

L’image de la femme est la première raison de cette censure. Alors, posons les affiches à plat, et regardons de plus près.

Les deux affiches prennent la même trame, il faut les décortiquer ensemble. Même prise de vue, même style et mise en scène.

Mise en scène, c’est bien le mot. Car ce sont les signifiés qui donnent le ton. Les jambes en l’air pour Dujardin, l’entrejambe bouchée pour Lellouche. Clairement, les messieurs gèrent leurs prises de bon temps. L’adultère est ironisé, tourné au ridicule ? Non, ce sont eux, les ridicules. Dans leur poses assurées, on comprend bien que les protagonistes n’en sont pas à leur premier coup. Mensonges perpétuels, manque de volonté, mensonges simples et coup montés… C’est bien sur ces deux zigotos qu’il faut se focaliser.

La femme ici, sans être considérée comme un objet, passe au second plan. Comme pour eux, c’est une machination. Le problème se pose ailleurs, et c’est probablement dans la bienséance, l’excès de morale qui domine les décisionnaires d’aujourd’hui à faire interdire ces affiches.

ILS ONT EU RAISON.

Pour une fois, je vais être d’accord avec une campagne censurée qui s’en tire avec un excellent coup de pub. Pas comme une autre qui dit de ne pas haïr. Ici, l’idée est drôle, l’affiche fait sourire. Il y a une part de retrouvailles, ou d’imagination instantanée qui suscite le rire. C’est la dérision, un humour qui marche toujours, lorsqu’on est spectateur d’une pareille humiliation.

Alors, où trouve t-on ce problème de « dégradation de l’image de la femme » quand la femme elle-même n’est pas le problème posé par l’affiche. D’ailleurs, il n’y a pas de « problème » à proprement dit posé par cette campagne. C’est de l’humour, une façon amusante de promouvoir un film, ni plus ni moins.

LE PROBLÈME

C’est celui de la censure ; est-on progressivement en train de s’ancrer dans un système qui, comme le droit, est victime de son « succès » ? L’utilisation abusive de la censure inverse les tendances « d’offre et de demande » si je puis dire.

Gainsbourg a pu brûler son billet à la télévision. Et pour ajouter en rétrospective, en 1982 le film Paradis pour tous n’a pas choqué par son affiche.

Pourtant, on laisse toujours des clips de rap ou autres montrer la femme comme un réel objet. Et là, il n’y a pas censure ? Ça ne pose aucun problème de laisser des filles sélectionnées pour un physique avantageux se faire porter comme un sac de patates par un « artiste » sous testostérone ?

C'était mieux avant...

Alors rendez-vous le 29 février en salles !

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Un grand qui s’en va

J’espérais ne pas avoir à écrire de mauvaises nouvelles aussi tôt, mais on ne peut passer cette journée sans avoir une pensée pour un grand de la pub.

Il a débuté comme journaliste, diplômé de l’EFAP et débute en 1968 (grand cru) à l’ACP. C’est à peine deux ans plus tard qu’il rejoint L’Echo de la presse et de la publicité, où il se charge justement de la rubrique pub. Rubrique qui deviendra plus qu’un simple métier, mais il sera un passeur, un personnage clé du domaine.

Car il créé Stratégies en 1971, puis Communication et Business (que l’on connait sous le nom de CB News) en 1986 en même temps que l’émission Ondes de choc (qui deviendra la bien connue Culture Pub) sur M6.

En 2005, il reçoit la Légion d’Honneur, mais c’est cinq ans plus tard que les activités de presse de CB News sont placées en redressement judiciaires…

16.06.1946 - 05.02.2012

Christian Blachas nous a quitté, à l’âge de 65 ans, hier soir suite à une intervention chirurgicale.

Born to Die ; il n’y a pas que le buzz.

Aujourd’hui sortait officiellement Born to Die, l’album qui fait faux espoir au morceau de Bruce Springsteen. Lana Del Rey, artiste qui a inspiré le buzz en Europe comme outre Atlantique dévoile les douze morceaux qui succèderont (peut-être) aux singles Video Games, Born to Die et Blue Jeans.

Un visage troublant, à l'image d'un avenir incertain.

Résolument vintage

Lana Del Rey rejoint, du haut de ses 25 ans, la famille des voix suaves au féminin comme on les affectionne (toujours) chez Amy Winehouse, Beth Gibbons ou encore Martina Topley-Bird.

Première écoute en voiture, deuxième au bureau, et dernière à la maison : l’album se porte bien. On reprocherait presque au buzz de nous avoir servi les perles du disque trop en avance. Il est évident que les trois singles procurent un sentiment d’application plus sincère. Les quatre premières pistes passées, on découvre vraiment l’univers Lana Del Rey.

Off to the Races s’immisce entre les dites perles, et s’y glisse parfaitement bien. Des performances vocales sont à saluer, on pense à des phases de contraste grave/aigu façon Duffy.

Diet Mountain Dew nous prend par surprise avec une introduction et un rythme qu’on qualifierait de R’n’B. Un style auquel l’hésitante Lana ne nous avait pas préparé. Un surplus de répétitions de refrain, un écho qui martèle et peu de place à la musique.

National Anthem, avec un son grave récupère l’attention de l’oreille. Un morceau aux paroles poignantes, orchestré tel une chorale jonchée de couplets qui oscillent entre rap et influences jazzy. On imagine un Stars and Stripes en berne pendant la lecture d’un morceau convaincant, qui laissera des doutes sur ses capacités en live.

Fait-on courir Lana avant de la faire marcher ?

Dark Paradise et Radio donnent par contre l’impression que la jeune Lana s’est un peu perdue dans un si grand nombre de pistes. Elle reprendra le dessus avec Carmen, qui la laisse libre de reprendre une voix pleine de mystère, avec quelques échos (chauvinisme quand tu nous tiens) de français qui nous font sourire, par leur justesse et leur bon placement.

Summertime Sadness reprend par moments les mêmes caractéristiques que Radio, mais devient plus efficace. On reprocherait peut-être à la chanteuse la simplicité des paroles, qui ne laisse pas planer. Without You trouve de la profondeur dans la musique qui accompagne une voix toujours fébrile, qui se perd lentement vers la fin de l’album.

Les deux dernières pistes, Lolita et Lucky Ones sont assez disparates. La première perd de vue le reste de l’album qui semblait cohérent, avec des sonorités empruntés chez les icônes façon MTV, parfois meilleures en featuring que seules.

On espère que Lana ne ment pas dans son dernier morceau, où elle clame « Finally, you and me are the lucky ones this time« . Confirmation sur scène ? Aucune date n’a encore été annoncée en vue d’une possible tournée européenne. Le temps, peut-être, de laisser filer la tempête.

Je vous laisse sur mon coup de coeur.

Justice agite le Bikini de Toulouse. Un live religieux – au paradis ou en enfer ?

Hier soir s’est tenu au Bikini de Toulouse un live qui laisse encore des séquelles ; acouphènes, courbatures, constats sur ce qui nous reste dans les poches. Et surtout une gorge qui nous laisse pâteux (si on ose dire).

C’est donc avec un esprit brouillé par les souvenirs, un corps souillé par l’événement, plus de voix et les mains plutôt fébriles que j’ai plaisir à écrire cet article. C’est parti.

D.V.N.O

On le connait peu, du moins pour ses performances sur le dit morceau de Justice sur l’album Cross. D.V.N.O nous livre un set d’une heure avec quelques compositions qui mêlent musiques électroniques avec des influences façon funk façon Breakbot, et certains sons violent plus connus pour sortir de la maison Ed Banger. Morceaux par-dessus lesquels le français se prend à chanter, raper et donne une autre dimension. Une performance applaudie, l’artiste a prit son pied et a chauffé la salle pour l’arrivée du patron.

BUSY P

On ne présente plus le père fondateur d’Ed Banger. Neuf ans dans le rôle « d’entertainer » et un CV d’impressario bien connu. Il a choisi d’accompagner son duo de petits protégés. Il nous servira sur un plateau préparé son Pedrophilia, et un traditionnel set propice à un bon blindtest, tout en vantant ses artistes – on a droit d’écouter Breakbot, Uffie, Carte Blanche en hommage à DJ Mehdi – et repart en compilation avec The Rapture et le morceau  » How Deep is your Love ?  » que le grand dadet semble apprécier depuis quelques temps (il l’a déjà utilisée pour son set I Love Techno). Il finira sur un « Justice fm » orienté métal avec du Metallica, Black Sabbath, Slayer et finira avec Supertramp…
Dans l’histoire, il aura tout de même laissé périr son casque avec la tentative d’un spectateur de monter sur scène, qui lui aura arraché son plateau. L’ambiance était déjà chaude.

JUSTICE

Après le départ de Busy P, sans oublier d’annoncer le retour de Justice à Toulouse le 31 mai prochain mais cette fois au Zénith et « avec du beau monde », l’ambiance redescend pour laisser les techniciens arpenter la scène. Ca se bouscule dans la fosse, on s’accroche à la barrière.

Puis vient le moment où la scène est dévoilée. Un plateau imposant, qui nous laissera à peine voir les visages de Xavier & Gaspard. La croix est là, les amplis Marshall (9 de chaque côté) et un rideau lumineux qui englobera toute la scène. Pas de doute, c’est un véritable show qui se prépare.

Plus de lumière, le duo entre en scène (les spectateurs au balcon avaient un léger temps d’avance sur nous qui étions au premier rang). Et c’est avec joie qu’ils entament ce live avec la même ouverture que sur A Cross the Universe ; Genesis. Un son puissant, qui va se heurter avec Helix, la bombe aux sons funk de leur nouvel album. Un set endiablé aux transitions bien calées. Stress se situe sur un pied d’égalité avec Waters of Nazareth pour ce qui est de déchaîner le public. New Lands aura eu sa part de grandiose grâce au spectacle lumineux qui l’accompagnait. Audio, Video, Disco aura laisser le public crier sa joie en chantant ce refrain qui sonnait comme un chant religieux. Reste à savoir de quel côté nous parlons, mais certains se seraient cru au paradis en entendant sonner le glas. Celui de la fatigue, qui aura vaincu certains, contraints de quitter la salle plus tôt.

Le rappel aura été un moment qui repousse les limites. C’est On’n’On (leur nouveau single, disponible dès demain) et Phantom, pt 2 qui auront clôturé cette performance plus que satisfaisante. Ils n’ont pas oublié leur fans de première heure et le montrent en ressassant des performances passées avec la maturité de leur second album. On dit chapeau, on a sué, mais on est heureux.

Une petite vidéo que j’ai pu filmer, pour les plus friands ; en l’occurrence le moment (peut-être) le plus calme du live.

Rendez-vous à la Halle Tony Garnier de Lyon et aux Arènes de Nîmes pour savourer encore.

« Le but ce n’est pas de faire du cinéma, mais son cinéma ». Albert Dupontel

Albert Dupontel offre ici une justification à chacun qui souhaite avoir son petit moment dans les salles obscures. Oui, petit, parce que parfois ça ne perdure pas…

L’ARTICLE

Évidemment, cet article va porter sur Frédéric Beigbeder et son œuvre à double support. L’amour dure trois ans, hier un livre, aujourd’hui son « meilleur long métrage ». Meilleur, oui, puisque ça sera le seul ?

LE CONTEXTE

Il est utile, dans ce premier temps, de citer le résumé de l’œuvre originale, c’est-à-dire le livre, dont voici la quatrième de couverture :

« Au début, tout est beau, même vous. Vous n’en revenez pas d’être aussi amoureux. Pendant un an, la vie n’est qu’une succession de matins ensoleillés, même l’après-midi quand il neige. Vous écrivez des livres là-dessus. Vous vous mariez, le plus vite possible – pourquoi réfléchir quand on est heureux ? La deuxième année, les choses commencent à changer. Vous êtes devenu tendre. Vous faites l’amour de moins en moins souvent et vous croyez que ce n’est pas grave. Vous défendez le mariage devant vos copains célibataires qui ne vous reconnaissent plus. Vous-même, êtes-vous sûr de bien vous reconnaître, quand vous récitez la leçon apprise par coeur, en vous retenant de regarder les demoiselles fraîches qui éclairent la rue ? La troisième année, vous ne vous retenez plus de regarder les demoiselles fraîches qui éclairent la rue. Vous sortez de plus en plus souvent : ça vous donne une excuse pour ne plus parler. Vient bientôt le moment où vous ne pouvez plus supporter votre épouse une seconde de plus, puisque vous êtes tombé amoureux, d’une autre. La troisième année, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle : dégoûtée, votre femme vous quitte. La mauvaise nouvelle : vous commencez un nouveau livre.  »

L’amour dure trois ans raconte de façon ultra autobiographique (on connait le style de la maison) l’histoire de Marc Marronnier, critique littéraire. Marié à Anne, Marc est heureux, et décrit le mariage, voire la vie en commun dans un sens plus large, comme quelque chose de beau. On se sent beau.

Puis vient le cap des trois ans ; où on achète des meubles la première année, on les change de place la deuxième, puis on les partage la troisième… Jusqu’à un probable recommencement (sans oublier d’écrire un livre).

LE FILM

L’amour dure trois ans s’ouvre sur de belles images remodelées façon vintage avec un effet grésillé et caméra où l’on devait encore mouliner pour enregistrer. Soit. Un enchainement, une compilation de ce que présente la vie commune. Marc et Anne sont niais, se câlinent sur un banc, mange le même spaghetti, couchent ensemble, se regardent, couchent encore. Puis divorceront après avoir fait la queue dans une salle d’attente bondée de couples révolus. On peut saluer le ton humoristique de cette scène, où signer un papier résume la chose.

En lui-même, le film est sympathique. C’est un support pour rappeler les célèbres citations que la jeunesse s’arrache et vole à Beigbeder sans pour autant lire ses livres. C’est d’ailleurs un choix justifié, l’amour dure trois ans est sans aucun doute le roman qui comporte le plus de phrases cultes de la saga Beigbeder. Il en profite aussi pour en rééditer avec « Au 21ème siècle, l’amour est un SMS qui n’arrive pas », et remplace ainsi le téléphone qui ne sonne pas au vingtième. Ellipse qui s’insinue également dans le placement produit. Oui, Marc Marronnier est un homme bien dans son époque (même si on ne voit pas sa Twingo), avec son iPhone et son MacBook Pro.
On peut reprocher l’utilisation facile et meublée, en ingurgitant trois shots de vodka cette fameuse « Le bonheur n’existe pas. L’amour est impossible. Rien n’est grave« .

L’intrigue du livre est généralement respectée. Il faut également saluer une bande originale de qualité ; les romans signés Beigbeder étant truffés de souvenirs musicaux.

LE CASTING

Gaspard Proust fait bonne figure pour un Marc Marronnier. Jouant la carte du timide, pâle et fébrile personnage, il réussit le pari d’incarner un Beigbeder Marc Marronnier fidèle à l’œuvre originale. La dimension autobiographique règne autant dans le film que le livre. Proust est à la fois en spectateur de ses aventures, comme il en est le narrateur. Un bon nombre de scènes le place seul face à la caméra, commentant en aparté le décor, ou l’appréhension d’un événement proche.

Louise Bourgoin, avec une filmographie de plus en plus qualitative à son actif (Adèle Blanc Sec, Blanc comme neige, Un heureux événement) incarne une Alice perturbatrice et inaccessible avec fraîcheur. Sa complicité avec Proust et son naturel est agréable à regarder, malgré le penchant cliché d’une bimbo survoltée, qui ne sait pas conduire et rit très fort qui vient parfois nous faire grincer des dents.

JoeyStarr, qui lui aussi connait une belle ascension dans le septième art (discret mais efficace dans L’immortel, émouvant et poignant dans Polisse de Maïwenn, et prochainement dans trois films) perd un peu de sa côte avec un rôle absent, des répliques pauvres et un rôle qui ne lui sied peut-être pas plus que ça. Il est par contre soigné, élégant et ne se refuse pas un final en duo avec l’exceptionnel Michel Legrand sur Les Moulins de mon Cœur en piano voix. Dans un cadre de mariage assez fantasque. Fini le rap pour Joey ?

Jonathan Lambert, alias Pierre, a l’allure d’un médecin bardé de diplômes (l’effet lunettes rondes lui va très bien) joue son rôle d’amoureux rationaliste à merveille. Il revêt un personnage droit, fidèle qui le démarque de ses précédentes prestations (Steak, Protéger et servir) et le place comme l’acteur le plus compétent de ce long-métrage. Sans pour autant lui attribuer un prix.

Frédérique Bel incarne Kathy, l’amour de Pierre et cède au cliché hystérique d’une mondaine parisienne qui découvre les joies de la langue de Shakespeare. Véritable obsédée sexuelle, naturelle mais amoureuse, Frédérique Bel aime à jouer les bimbos bilingues avec fidélité (rajoutée au casting de la série familiale Fais pas ci, fais pas ça).

La palme revient à Valérie Lemercier pour son discernement, son ton cassant et son comportement de business woman fatiguée et trop franche. Elle incarne une éditrice de renommée prête à mettre un Marc dans l’embarras. On ne présente plus la présidente des Césars 2006 et 2007, puis 2010 aux côtés de Gad Elmaleh.

CONCLUSION

L’amour dure trois ans est un film. Mais il n’est pas à oublier que c’est un livre.

La citation d’Albert Dupontel, qui titre cet article, prend donc toute sa dimension quant à la distribution des rôles de chacun. Beigbeder a été publicitaire, puis critique et maintenant romancier. Nous vivons une époque où le multitâches est de mise ; mais peut-on parler de multi talents ?

Le casting du film prouve également que la reconversion vers le septième art devient facile. Une ex miss Météo, un ancien rappeur, et un romancier derrière la caméra. Autant de mélanges des genres et de passés qui font de ce film un petit meltingpot. Mais pas détestable pour autant.

J’y suis allé, je l’ai vu, et je suis rentré chez moi. Tout simplement.

Petit encas

Vous avez été plus d’une centaine hier à consulter le blog après mon article sur Benetton.

Que vous soyez d’accord avec la critique, ou le contraire, amateurs de publicité ou bons spectateurs, je tiens à vous remercier.

Et un petit indice pour le prochain article…

Cartouche à lèvres.

 

Vous avez trouvé ?

Bonne journée !

« Dans la presse, seules les publicités disent la vérité. » Thomas Jefferson – C’est normal, on a pas le droit de mentir dans une pub !

Vous l’aviez deviné, c’est bien de United Colours of Benetton dont il est question.

Je demanderais à chacun de m’épargner la commente classique et répétitive comme : « Si tu en fais la critique, c’est que la campagne marche. Leur notoriété augmente avec pareils discours ! ».
Si j’écris cet article, c’est que j’ai pleinement conscience de cela.

La compilation, en trois images, d'une campagne à controverse.

Analysons (enfin, laissez moi faire pour l’instant) cette série de trois affiches publicitaires.

En reprenant les codes de ses campagnes précédentes, Benetton s’appuie (encore) sur la polémique et non le fait de vanter ou exhiber ses produits. C’est un exemple de marketing d’imagination.

L’ACCROCHE

En établissant une analyse d’image, on observe donc deux individus qui s’embrassent au premier plan, un logo en sortie et une accroche qui réside en un mot : UNHATE. Traduisons « Ne pas haïr ».
Ne pas haïr, cette accroche sonne comme la fameuse litote de Corneille et son fameux « Va, je ne te hais point » que réplique Chimène dans Le Cid.
Benetton communique par la mise en scène d’individus supposés ennemis, de par leurs cultures, leurs convictions ou leur patrimoine historique. En mettant en scène un imam qui embrasse le pape, Angela Merkel faisant de même avec Nicolas Sarkozy et Barack Obama avec Hu Jintao, Benetton assure un message qui déculotte chaque puissance, qu’elle soit politique ou religieuse.

Alors, message d’amour ou simple ironie sur le fait que chacun embrasse le c*l de l’autre ?

On peut supposer que Benetton veut véhiculer un message d’amour. Rappelons nous les campagnes où le bébé blanc est allaitée par la nounou noire. Ou deux enfants de cultures différentes s’étreignent. Benetton a su s’affirmer via des campagnes anti-racistes et anti-fascistes. Mais là encore le problème peut se poser, au niveau des cultures. L’image du bébé allaité sonne comme un message de paix en France, mais rappelle simplement des souvenirs à la civilisation anglo-saxonne. Des souvenirs qui sont à oublier.

On peut l’interpréter d’une dernière manière, qui n’aurait rien à voir avec l’amour. En ironisant ainsi, et en s’appuyant sur de récents événements (révolutions du monde arabe, crises économiques et fragilité des plus grandes puissances économiques), Benetton se paie le comportement des têtes d’affiches. Tout le monde couche avec tout le monde. La Chine rachète les dettes, la France et l’Allemagne oublient leurs rivalités et marchent en rang deux par deux, et les religions s’estompent au prix des démocraties. Mais y a t-il un véritable amour derrière tout cela ?

LE VISUEL

La première critique a émettre intervient sur le plan créatif. Créativité, qui ne se résume à strictement rien. Tout le monde se souvient aujourd’hui de la campagne à caractère polémique de Benetton, qui met en scène un baiser entre un curé et une sœur. C’est le photographe, de renommée polémique pour une autre campagne pervese NoLita (qui fera peut-être objet d’un article), italien Oliviero Toscani qui instaure ce type de communication.

En perdurant une méthode recyclée, déjà vue et sans intérêt envers sa marque et ses produits, Benetton préfère la notoriété à la compréhension d’un message. Un grand boom médiatique, une censure aussitôt appliquée qui favorisera les plus rebelles d’entre nous à partager, liker, tweeter la factice campagne. On peut donc conclure, d’un point de vue créatif et publicitaire qualitatif, que Benetton n’invente rien et qu’il n’y a rien à en dire.

LES RÉACTIONS

C’est sur la toile qu’interviennent rapidement les réactions. La liberté d’expression et de partage via réseaux sociaux se manifeste.

Le Vatican, quant à lui, dénonce immédiatement « une utilisation inacceptable de l’image du Saint-Père, manipulée et instrumentalisée dans le cadre d’une campagne publicitaire à des fins commerciales » en ajoutant que plusieurs démarches pour garantir l’image du Saint-Père étaient en marche. La censure reprend son droit puisque l’image où le pape Benoit XVI est protagoniste sera la seule retirée.

Christine Boutin, quant à elle se dit « choquée par l’ensemble des photos. Benetton est habitué à ça. Ils s’étaient un peu calmés, mais voilà que ça recommence. »  » Il n’y a pas que le Saint-Père et l’imam qui me choque. C’est l’ensemble. (…) Ce sont les peuples qu’on ridiculise. »

En Israël par contre, la campagne est prise avec humour. C’est peut-être la pression de vivre dans un pays menacé qui détend la perception du message.

Et ce cher Toscani lui-même, confie au quotidien italien La Republicca qu’il s’agit d’une campagne « pathétique et vulgaire » et « qu’il n’y a pas de créativité, de style, de poésie » en concluant que cette campagne volait « très bas, en jouant avec Photoshop« .

CONCLUSION

Cette campagne trouve crédit chez les amateurs de notoriété et d’explosion médiatique.
Elle n’en trouve aucun chez les amateurs de créativité, de message et de travail dans la notion de signifiant/signifié.

Et puisque c’est mon blog, je vous fais part de mon point de vue ! A savoir que je n’aime pas (mais ça, vous l’avez compris et vous vous en fichez)

« Les idées sont les racines de la création ». Ernest Dimnet

Parce qu’une idée, c’est quoi ? Pour parler de quelque chose, on doit réfléchir… Et il est toujours judicieux de commencer par une définition.

Idée substant. fem. :
1. Tout ce qui est représenté dans l’esprit, par opposition aux phénomènes concernant l’affectivité ou l’action.
2. Ce qui n’existe que dans l’esprit, dans l’imagination, par opposition à ce qui existe en fait, dans la réalité, de façon concrète.
3. Conception originale et/ou féconde; première conception de quelque chose; donnée fondamentale.

Dans la communication, on peut pencher pour la troisième notion ; c’est puiser dans ce qui n’a pas été fait, ou ce qui se démarque, pour créer un charme.

En se basant sur ce point de vue créatif, sur ce qui englobe le domaine, je commencerai à écrire des critiques à propos de campagnes sur divers supports.

Indice en image.

Vous devinez quelle marque sera ma première cible ? 

Rendez-vous bientôt.