Une poule + un film = un nouveau blabla !

Il s’est passé bien des choses depuis le dernier billet, chers lecteurs. Voici un tout petit récap avant mon nouveau blabla ciné !

  • J’ai passé mes examens pour être à bac + 3
  • J’intègre dès la semaine prochaine une nouvelle agence de communication ; il a donc bien fallu passer les étapes d’entretien et d’intégration. Si vous voulez en savoir plus, ça se passe en cliquant sur la poule !
  • Je n’ai pas prit de vacances compte-tenu des deux points précédemment cités.

Bonjour à ma nouvelle agence !

ALLEZ ZOU !

En 2008 avec Vicky Cristina Barcelona  puis en 2011 avec Midnight in Paris Woody Allen parcourt les capitales européennes pour en faire une trilogie de comédies à la fois romantiques et décalées. Hier le réalisateur loufoque a tiré sa révérence avec la sortie de son film hommage à la capitale italienne : To Rome with Love.

La première chose qu’on peut voir, sans parler de bande-annonce évidemment, c’est l’affiche du film. Probablement la plus sobre et minimaliste de la trilogie. La liste d’acteurs par ordre alphabétique est bien utilisée pour l’effet de générique de fin. L’utilisation d’un tampon et l’ajout du baiser au rouge à lèvres laisse place à l’enveloppe, la lettre de d’adieu. Woody quitte donc l’Europe, pour le moment…

LE VOLET

To Rome with Love

Avec cette dernière escapade italienne entre les places et les rues pavées de la belle Rome, Woody Allen délivre le film malheureusement le plus décevant de cette trilogie mais probablement le plus dénonciateur. De bonnes intentions, mais une mauvaise restitution ?

La célébrité

L’aspect sans doute le plus comique prend vie grâce à monsieur Roberto Benigni. L’italien moyen, qui enfile son complet avec une cravate après s’être levé chaque matin à sept heures précises, en rappelant à ses enfants de manger et être à l’heure. Leopoldo se rend toujours au bureau, discute toujours avec ses collègues et donne toujours son opinion. Mais tout le monde s’en fout. Alors au bureau, on se rattrape évidemment en exhibant sa béatitude devant la secrétaire aux dimensions parfaites au service du patron. Triste vie pour Leopoldo, qui se demandera pourquoi personne ne l’écoute.

Mais il suffira de demander ! Aussi sèchement qu’un cut, Benigni se retrouvera comme la coqueluche des médias nationaux et donnera des interviews sur son petit déjeuner, s’il porte des slips ou des caleçons et sur comment il aura renversé son café sur ses documents. La célébrité, à son paroxysme pour donner une leçon de vie. L’habitude…

L’adultère (accidentel ?)

Innovation dans ce volet européen, plusieurs histoires dans les rues de la capitale. Contrairement à Vicky Cristina Barcelona où nous avions 4 protagonistes bien définis et un Gil au centre de l’intrigue de Minuit à Paris, ce n’est pas moins de quatre histoires qui se passent dans la belle architecture de Rome.

Giancarlo et Milly forment un jeune couple tout juste marié. La belle mais complexe Rome leur tend les bras pour leur lune de miel. Malheureusement cette lune de miel ne sera pas placé sous le signe du romantisme, Giancarlo venant également pour affaires et opportunité de travail. Tout partira de l’envie de Milly d’aller chez le coiffeur. Évidemment, pas facile de se repérer dans Rome. Quant à Giancarlo, un curieux quiproquo viendra le rencontrer en la personne d’Anna, jouée par Penelope Cruz. Un rôle qui lui sied, mais qui sonne un peu facile. Il y a peu de choses à comprendre de ce scénario, mais beaucoup à faire en matière d’empathie pour l’un comme pour l’autre.

Opéra, psychanalyse et conformisme américain.

Troisième trame avec Woody Allen qui passe devant sa caméra. Dans l’ordre chronologique du film, cette trame est la première et la dernière.

Hayley est une jeune touriste américaine qui passe l’été à Rome ; comme toute touriste, la carte devient son outil qui ne se révèle pas le plus fidèle. Michelangelo est avocat italien, qui exerce pour ceux qui ne peuvent pas payer. Il indiquera son chemin à Hayley puis l’amènera au restaurant avant de la demander en mariage. Jerry et Phyllis feront alors le voyage jusqu’à Rome pour rencontrer leur futur gendre et ses parents ; un père croque-mort et une femme au foyer.

Phyllis est psychiatre et Jerry fraîchement retraité de l’industrie du disque de musique classique. Il verra en le père de Michelangelo une voix divine à mettre sur les devants de la scène. Associant la retraite avec la mort, il parviendra à ses fins de manière loufoque et « en avance sur son temps ».

C’est la trame du film qui part des meilleures intentions : dénonciation des obsessions à catégoriser et du côté stupide propre aux citoyens outre-Atlantique de faire dans la démesure voire le sournois. Un sentiment au départ noble qui se transformera en supercherie qui pourra en faire rire certains, mais dont le message subliminal restera imperceptible à l’écran.

La longévité de l’amour détrônée par la passion factice.

Quatrième et complexe trame de To Rome with Love, celle qui met en situation une relation triangulaire avec un personnage mi-présent mi-fantôme. John Foy est un architecte renommé venu passé ses vacances à Rome, et doute à l’idée de revenir sur les traces de son passé.

Jack, étudiant en architecture d’origine américaine, croisera John au détour d’une ruelle. Il le guidera jusque chez lui, la même résidence où John avait passé une année de sa jeunesse. Il vit avec Sally, sa petite amie qui fait un excellent café, café qui incitera John à rester dans les parages avant subitement d’être présent lorsque Woody Allen l’aura voulu. Sally, de son côté invite Monica, une brillante actrice dont le pouvoir de séduction est incommensurable. Monica a perdu son petit ami récent et n’a aucune gêne à l’idée d’exhiber sa libido et ses expériences en matière de sexe. Monica devient alors le principal souci de Sally, effrayée que Jack en tombe sous le charme.

John, incarné par Alec Baldwin, connait parfaitement le genre de Monica. Talentueuse, nonchalante mais peu cultivée. Du moins, juste assez pour en faire croire plus long que ce qu’elle sait réellement. Il guidera Jack pour éviter l’impardonnable et lui prouver que la raison n’est jamais aussi forte que la passion, qui le cas échéant a été conditionnée.

C’est la trame la plus en phase avec cette époque où les relations se sont soumises aux moeurs et à leur complexité. La démocratisation de la vie sexuelle, du désir et du fait de l’obtenir et le faire disparaître aussi vite qu’il est apparu est mise sur le devant de la scène. Sans trop de conviction, on est triste pour Jack même si on peut se permettre un « Il le savait ! ». Woody Allen chercherait-il à faire comprendre que même la séduction est victime de la mode ?

BILAN

Conclusion d’un voyage itinérant à travers trois cités aux caractères magiques et romanesques, To Rome with Love se veut plus complet et plus complexe que ses deux prédécesseurs catalan et parisien. Dans la capitale italienne, Allen explore la stupidité d’un acharnement au travail et de l’étiquetage freudien ; la complexité à confronter raison et passion ; le caractère impressioniste que peut susciter la célébrité et la folie que la chance peut instaurer.

Au final, chacun prend la place qui lui était due. C’est toujours un film en conversations, qui ne bouscule pas les codes et reste trop gentil. Comme le réalisateur, en somme.

Analyse interne et externe du conflit.

Aujourd’hui, je parle indirectement d’un conflit qui dure depuis plusieurs décennies. Nos parents l’ont connu, nous le connaissons et la longévité de ce conflit m’indique que mes enfants le connaitront.

Alors, contre toute attente, c’est un blabla ciné aujourd’hui !

LE FILS DE L’AUTRE

« Alors qu’il s’apprête à intégrer l’armée israélienne pour effectuer son service militaire, Joseph découvre qu’il n’est pas le fils biologique de ses parents et qu’il a été échangé à la naissance avec Yacine, l’enfant d’une famille palestinienne de Cisjordanie. La vie de ces deux familles est brutalement bouleversée par cette révélation qui les oblige à reconsidérer leurs identités respectives, leurs valeurs et leurs convictions. »

La trame, entre la riche et animée Tel-Aviv, un village de la Palestine et le barrage entre chaque territoire, parle d’un sujet qui analyse le conflit, en interne comme en externe.

Deux familles, que tout oppose vont se confronter à la pire des méprises ; la guerre du Golfe sévissant, l’infirmière de cet hôpital a inversé les bébés. Joseph éduqué en juif est né musulman, Yacine né juif est élevé musulman.

INTERNE

Les deux familles, confrontées avec des problèmes de langues, de convictions et de positions sur le conflit se retrouvent face au directeur de cet hôpital pour apprendre la nouvelle. Ou plutôt pour conforter cette nouvelle. Le travail des rôles des parents est juste, l’incompréhension et la colère gagne l’humeur des pères pendant que l’implosion sentimentale subjugue les mères. Portés pendant neuf mois seulement, elles auront élevé le fils de l’Autre pendant dix huit années.

Alon et Orith, parents de Joseph, forment un paradoxe, tout comme Saïd et Leïla ; les pères sont durs, se cachent derrière leurs occupations, leur souci de virilité. Les mères forment la douceur ; Orith dévoile son chaos émotionnel quand Leïla continue à témoigner sa douceur dans le malheur.

Joseph l’apprend lui par hasard ; à cause d’un refus pour le service militaire. Yacine par le dialogue.

Finalement, les enfants seront ceux qui se comportent le mieux.

EXTERNE

Alon, qui exerce ses fonctions dans l’armée, met le doigt sans se mouiller sur le conflit israélo-palestinien. Avec l’émotion qu’il peinera à cacher, délivrer des visas pour la famille Al-Bezzaz fera parti de son quotidien.

Le barrage est un lieu phare de ce film, pas moins de sept séquences mettent en scène le passage de l’Autre côté. Les rêves des uns lorsqu’ils traversent, la curiosité des autres à l’idée de faire le pas.

Lorraine Lévy réalise une fresque romanesque, à la fois dramatique et faussement critique. C’est un euphémisme qui est utilisé pour parler de ce conflit. Mais ces scènes, peu révélatrices et peu en phase avec le conflit, survolent des idées basiques qui n’iront pas vers l’évolution du conflit.

On en garde un long métrage touchant, joué posément qui nous rend certainement meilleur.

L'affiche, séparée en deux.

« Jamais je n’ai senti, si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde ». Albert Camus

C’est cette citation, qui en guise d’introduction, ouvre sur le film de Tony Kaye : Detachment.

Adrien Brody, alias Henry Barthes, récite et s’approprie cette phrase en guise de présentation. Une accroche commune, qui contraste avec le caractère rude, brut et si inaccessible que l’oeil de Kaye saura retranscrire à coups de contre-plongées et de pellicule à souvenir.

LE FILM

DES TÉMOIGNAGES

Detachment laisse la parole, pour ouvrir le bal, à des personnes comme vous et moi. Des enseignants, qui se sont tous jurés, avant d’exercer leur fonction, de « préférer être berger qu’arpenter les salles de classes« . Des portraits d’anciens ambitieux, qui rêvaient de musique, de peinture. Qui deviendront routiers, et auront la vocation de faire passer quelque chose ; d’en changer même. Les voilà après trente ans de carrière, un visage blême, des sourires cassés. Ces séquences filmées en noir et blanc font office de tristesse, qui perdure avec un personnage clé du film.

LA TRAME

Henry Barthes est remplaçant, professeur d’anglais. Il a une règle, une seule : « Si vous n’avez pas envie d’être ici, vous pouvez ne pas venir ». En choisissant d’être remplaçant, il choisit de ne pas connaître la stabilité, la redondance. Dès le premier accrochage, qui arrive très tôt dans le film, il s’identifie à un cartable. Une fois que l’on en retire ses documents, qui seront posés sur le bureau, le cartable est vide. « Il ne ressent rien, et tu ne m’atteindras pas non plus ». La première réplique philosophique tient en une courte métaphore, mais donne le ton d’un film aux allures de documentaire – témoignage.

Évidemment, Henry Barthes arrive à séduire quelques étudiants. Le film est en proie aux clichés de l’Amérique puritaine et malade de son propre système du bien fondé, du bien chez soi et du pré-fabriqué où la couleur rend heureux. « A chicken in every pot, a car in every garage » comme le disait Herbert Hoover en 1928.

INSITU

« – Vous avez travaillé longtemps à Locke et MacArthur ? La zone !
– C’est là qu’il y a du travail. » 

Le problème exposé, ça n’est pas l’accès à l’éducation où nos politiques se battent. C’est à la motivation. Barthes pose le problème en posant une simple question : pourquoi serions-nous écoutés, si nous ne pensons pas avoir quelque chose de valable à partager ?

Ce film montre plusieurs cas possibles et imaginables. Barthes est l’archetype du professeur blasé, qui est « un homme sans visage dans une classe vide » dessiné par une de ses élèves. Mademoiselle Madison (Christina Hendricks) une peureuse ; peureuse de n’avoir plus rien dès le vendredi soir. Une madame Parker (Lucy Liu) qui craque, et laisse éclater sa vengeance sur une des élèves les plus désinvoltes qui « ne sera ni mannequin ni artiste, et qui sans qualification se retrouvera comme 80% de la force ouvrière américaine, sous-payée et dont la seule finalité consistera à se faire baiser au sens propre comme au sens figuré. » Un monsieur Seabolt (James Caan) qui prend ses pilules pour tenir, qui use de l’ironie et de son sens de l’humour… Tous ces visages qui font les mêmes erreurs, et qui embarquent leurs problèmes en rentrant chez eux le soir, et les emmènent en partant travailler le matin.

Être professeur, à la lettre, c’est s’appliquer à suivre un programme et s’assurer que personne ne va s’entre-tuer pendant un cours, jusqu’au suivant.

DEUX RELATIONS

Dans un bus aux allures sinistres, Barthes fera une rencontre peu accomodante. Une jeune fille, qui ne doit pas avoir plus de seize ans se retrouve à faire une fellation à une vieux crasseux, à l’arrière des banquettes. Elle provoque, le suit. Plus tard, Barthes la recroisera, et deviendra sa seule famille. Jusqu’au moment où il sera dans l’incapacité d’assumer ce rôle, après la mort d’un grand-père qu’il visite chaque soir.

Meredith, probablement sa plus brillante étudiante, démontre une obsession pour ce prof. Un potentiel artistique qu’elle témoigne par la photographie et le travail d’assemblage, elle est tourmentée par un problème de taille. Le poids, le physique, et subir un système pourri de marketing. Je dois être jolie pour être bien, je dois faire de la chirurgie pour être jolie… Je dois êtres mince, je dois être à la mode. Toutes ces conneries qui accélère un processus d’abrutisation. Il faut nous cultiver, lire, penser. Cette avalanche qui la conduira à se rapprocher de Barthes ; un rapprochement qui posera le nouveau problème du puritanisme américain. Barthes étant accusé de « l’avoir touchée ». Un comble qui laisse chaque spectateur manifester une certaine hargne intérieure contre ce jugement hâtif.

L’ÉCHEC

En dépit de tout, Barthes comprendra à force d’observer une directrice contrainte de lâcher son école à la privatisation, et des collègues toujours plus cyniques et désespérés qu’il ne pourra pas changer le monde. Il n’y a pas de solution. Un regard défaitiste qui laisse ce professeur tirer sa révérence en lisant quelques lignes d’Edgar Alan Poe à propos de la maison d’Usher.

LA CRITIQUE

Avec une problématique récurrente qui pointe du doigt les failles d’un système américain, Detachment offre plus un débat que des revendications. Une focalisation interne qui manifeste tout l’égoïsme que chacun dissimule ; des parents absents, incompréhensifs aux élèves toujours plus insolents, toujours plus détestables avec ces professeurs livides, qui ne seraient pas contre aider les parents à jeter ces sales mômes par les fenêtres. On craque, et on délibère sur la fonction d’enseignant qui s’apparente à une véritable aventure psychologique. Adrien Brody signe une belle performance, Lucy Liu un nouveau visage, Christina Hendricks commence à convaincre et fait oublier sa notoriété acquise grâce à la série Mad Men et Marcia Gay Harden tient son rôle d’une main de maître malgré le peu d’apparitions que le film lui cède.

Des pages qui volent, des bureaux vides ; une école fantôme. L’image de fin se résume à l’image d’une véritable fin. Le défaitisme est de rigueur.

Je le recommande vivement !

« Aujourd’hui, la censure a changé de visage. Ce n’est plus le manque qui agit mais l’abondance ». Bernard Weber

M. Weber le dit remarquablement bien ; la tendance s’est inversé dans l’affichage publicitaire. Notamment, et c’est l’objet de cet article, en matière de censure.

La censure, parlons en. Un procédé qui consiste en l’interdiction d’afficher des images, diffuser des sons ou laisser s’exposer toute œuvre de création supposée « dérangeante ».

Curieux, de définir quelque chose comme cela. Car objectivement, la subjectivité est de mise. Le problème de la censure réside alors dans son application : la décision de censurer une œuvre appartient-elle vraiment à ceux qui le décrètent ?

Et pour poser le problème avec un cas pratique, quoi de mieux que cumuler la communication, et le cinéma ? Deux thèmes qui vont s’avérer essentiel ici-même.

LE SUJET

Quelle poésie.

« Ça va couper, je rentre dans un tunnel ». « Je rentre en réunion ». Vous l’avez compris, je vais parler du film Les Infidèles. Plus particulièrement de la censure déclenchée par l’ARPP vis-à-vis des affiches du film.

« Ces deux affiches […] sont contraires aux Recommandations de l’ARPP, en particulier les dispositions relatives au respect de la décence et de l’image de la personne humaine en publicité, tant bien même elles se rapportent au sujet du film, à savoir une comédie sur l’adultère« .

C’est clair, net. La décence et de l’image de la personne humaine, pour ne pas dire le cas échéant de la femme, est l’argument utilisé.

UNE ATTEINTE ?

L’image de la femme est la première raison de cette censure. Alors, posons les affiches à plat, et regardons de plus près.

Les deux affiches prennent la même trame, il faut les décortiquer ensemble. Même prise de vue, même style et mise en scène.

Mise en scène, c’est bien le mot. Car ce sont les signifiés qui donnent le ton. Les jambes en l’air pour Dujardin, l’entrejambe bouchée pour Lellouche. Clairement, les messieurs gèrent leurs prises de bon temps. L’adultère est ironisé, tourné au ridicule ? Non, ce sont eux, les ridicules. Dans leur poses assurées, on comprend bien que les protagonistes n’en sont pas à leur premier coup. Mensonges perpétuels, manque de volonté, mensonges simples et coup montés… C’est bien sur ces deux zigotos qu’il faut se focaliser.

La femme ici, sans être considérée comme un objet, passe au second plan. Comme pour eux, c’est une machination. Le problème se pose ailleurs, et c’est probablement dans la bienséance, l’excès de morale qui domine les décisionnaires d’aujourd’hui à faire interdire ces affiches.

ILS ONT EU RAISON.

Pour une fois, je vais être d’accord avec une campagne censurée qui s’en tire avec un excellent coup de pub. Pas comme une autre qui dit de ne pas haïr. Ici, l’idée est drôle, l’affiche fait sourire. Il y a une part de retrouvailles, ou d’imagination instantanée qui suscite le rire. C’est la dérision, un humour qui marche toujours, lorsqu’on est spectateur d’une pareille humiliation.

Alors, où trouve t-on ce problème de « dégradation de l’image de la femme » quand la femme elle-même n’est pas le problème posé par l’affiche. D’ailleurs, il n’y a pas de « problème » à proprement dit posé par cette campagne. C’est de l’humour, une façon amusante de promouvoir un film, ni plus ni moins.

LE PROBLÈME

C’est celui de la censure ; est-on progressivement en train de s’ancrer dans un système qui, comme le droit, est victime de son « succès » ? L’utilisation abusive de la censure inverse les tendances « d’offre et de demande » si je puis dire.

Gainsbourg a pu brûler son billet à la télévision. Et pour ajouter en rétrospective, en 1982 le film Paradis pour tous n’a pas choqué par son affiche.

Pourtant, on laisse toujours des clips de rap ou autres montrer la femme comme un réel objet. Et là, il n’y a pas censure ? Ça ne pose aucun problème de laisser des filles sélectionnées pour un physique avantageux se faire porter comme un sac de patates par un « artiste » sous testostérone ?

C'était mieux avant...

Alors rendez-vous le 29 février en salles !

« Le but ce n’est pas de faire du cinéma, mais son cinéma ». Albert Dupontel

Albert Dupontel offre ici une justification à chacun qui souhaite avoir son petit moment dans les salles obscures. Oui, petit, parce que parfois ça ne perdure pas…

L’ARTICLE

Évidemment, cet article va porter sur Frédéric Beigbeder et son œuvre à double support. L’amour dure trois ans, hier un livre, aujourd’hui son « meilleur long métrage ». Meilleur, oui, puisque ça sera le seul ?

LE CONTEXTE

Il est utile, dans ce premier temps, de citer le résumé de l’œuvre originale, c’est-à-dire le livre, dont voici la quatrième de couverture :

« Au début, tout est beau, même vous. Vous n’en revenez pas d’être aussi amoureux. Pendant un an, la vie n’est qu’une succession de matins ensoleillés, même l’après-midi quand il neige. Vous écrivez des livres là-dessus. Vous vous mariez, le plus vite possible – pourquoi réfléchir quand on est heureux ? La deuxième année, les choses commencent à changer. Vous êtes devenu tendre. Vous faites l’amour de moins en moins souvent et vous croyez que ce n’est pas grave. Vous défendez le mariage devant vos copains célibataires qui ne vous reconnaissent plus. Vous-même, êtes-vous sûr de bien vous reconnaître, quand vous récitez la leçon apprise par coeur, en vous retenant de regarder les demoiselles fraîches qui éclairent la rue ? La troisième année, vous ne vous retenez plus de regarder les demoiselles fraîches qui éclairent la rue. Vous sortez de plus en plus souvent : ça vous donne une excuse pour ne plus parler. Vient bientôt le moment où vous ne pouvez plus supporter votre épouse une seconde de plus, puisque vous êtes tombé amoureux, d’une autre. La troisième année, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle : dégoûtée, votre femme vous quitte. La mauvaise nouvelle : vous commencez un nouveau livre.  »

L’amour dure trois ans raconte de façon ultra autobiographique (on connait le style de la maison) l’histoire de Marc Marronnier, critique littéraire. Marié à Anne, Marc est heureux, et décrit le mariage, voire la vie en commun dans un sens plus large, comme quelque chose de beau. On se sent beau.

Puis vient le cap des trois ans ; où on achète des meubles la première année, on les change de place la deuxième, puis on les partage la troisième… Jusqu’à un probable recommencement (sans oublier d’écrire un livre).

LE FILM

L’amour dure trois ans s’ouvre sur de belles images remodelées façon vintage avec un effet grésillé et caméra où l’on devait encore mouliner pour enregistrer. Soit. Un enchainement, une compilation de ce que présente la vie commune. Marc et Anne sont niais, se câlinent sur un banc, mange le même spaghetti, couchent ensemble, se regardent, couchent encore. Puis divorceront après avoir fait la queue dans une salle d’attente bondée de couples révolus. On peut saluer le ton humoristique de cette scène, où signer un papier résume la chose.

En lui-même, le film est sympathique. C’est un support pour rappeler les célèbres citations que la jeunesse s’arrache et vole à Beigbeder sans pour autant lire ses livres. C’est d’ailleurs un choix justifié, l’amour dure trois ans est sans aucun doute le roman qui comporte le plus de phrases cultes de la saga Beigbeder. Il en profite aussi pour en rééditer avec « Au 21ème siècle, l’amour est un SMS qui n’arrive pas », et remplace ainsi le téléphone qui ne sonne pas au vingtième. Ellipse qui s’insinue également dans le placement produit. Oui, Marc Marronnier est un homme bien dans son époque (même si on ne voit pas sa Twingo), avec son iPhone et son MacBook Pro.
On peut reprocher l’utilisation facile et meublée, en ingurgitant trois shots de vodka cette fameuse « Le bonheur n’existe pas. L’amour est impossible. Rien n’est grave« .

L’intrigue du livre est généralement respectée. Il faut également saluer une bande originale de qualité ; les romans signés Beigbeder étant truffés de souvenirs musicaux.

LE CASTING

Gaspard Proust fait bonne figure pour un Marc Marronnier. Jouant la carte du timide, pâle et fébrile personnage, il réussit le pari d’incarner un Beigbeder Marc Marronnier fidèle à l’œuvre originale. La dimension autobiographique règne autant dans le film que le livre. Proust est à la fois en spectateur de ses aventures, comme il en est le narrateur. Un bon nombre de scènes le place seul face à la caméra, commentant en aparté le décor, ou l’appréhension d’un événement proche.

Louise Bourgoin, avec une filmographie de plus en plus qualitative à son actif (Adèle Blanc Sec, Blanc comme neige, Un heureux événement) incarne une Alice perturbatrice et inaccessible avec fraîcheur. Sa complicité avec Proust et son naturel est agréable à regarder, malgré le penchant cliché d’une bimbo survoltée, qui ne sait pas conduire et rit très fort qui vient parfois nous faire grincer des dents.

JoeyStarr, qui lui aussi connait une belle ascension dans le septième art (discret mais efficace dans L’immortel, émouvant et poignant dans Polisse de Maïwenn, et prochainement dans trois films) perd un peu de sa côte avec un rôle absent, des répliques pauvres et un rôle qui ne lui sied peut-être pas plus que ça. Il est par contre soigné, élégant et ne se refuse pas un final en duo avec l’exceptionnel Michel Legrand sur Les Moulins de mon Cœur en piano voix. Dans un cadre de mariage assez fantasque. Fini le rap pour Joey ?

Jonathan Lambert, alias Pierre, a l’allure d’un médecin bardé de diplômes (l’effet lunettes rondes lui va très bien) joue son rôle d’amoureux rationaliste à merveille. Il revêt un personnage droit, fidèle qui le démarque de ses précédentes prestations (Steak, Protéger et servir) et le place comme l’acteur le plus compétent de ce long-métrage. Sans pour autant lui attribuer un prix.

Frédérique Bel incarne Kathy, l’amour de Pierre et cède au cliché hystérique d’une mondaine parisienne qui découvre les joies de la langue de Shakespeare. Véritable obsédée sexuelle, naturelle mais amoureuse, Frédérique Bel aime à jouer les bimbos bilingues avec fidélité (rajoutée au casting de la série familiale Fais pas ci, fais pas ça).

La palme revient à Valérie Lemercier pour son discernement, son ton cassant et son comportement de business woman fatiguée et trop franche. Elle incarne une éditrice de renommée prête à mettre un Marc dans l’embarras. On ne présente plus la présidente des Césars 2006 et 2007, puis 2010 aux côtés de Gad Elmaleh.

CONCLUSION

L’amour dure trois ans est un film. Mais il n’est pas à oublier que c’est un livre.

La citation d’Albert Dupontel, qui titre cet article, prend donc toute sa dimension quant à la distribution des rôles de chacun. Beigbeder a été publicitaire, puis critique et maintenant romancier. Nous vivons une époque où le multitâches est de mise ; mais peut-on parler de multi talents ?

Le casting du film prouve également que la reconversion vers le septième art devient facile. Une ex miss Météo, un ancien rappeur, et un romancier derrière la caméra. Autant de mélanges des genres et de passés qui font de ce film un petit meltingpot. Mais pas détestable pour autant.

J’y suis allé, je l’ai vu, et je suis rentré chez moi. Tout simplement.